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mardi 13 mars 2018

Nadine Trintignant demande à l'"indécent" Cantat de s'arrêter "complètement"

La réalisatrice a appelé l'assassin de sa fille à s'arrêter "complètement" de se produire

"Ce n'est pas suffisant que Cantat renonce aux festivals" cet été
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a estimé mardi la mère de Marie Trintignant.

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Marie et Nadine Trintignant
"S'il s'arrêtait complètement, ça me conviendrait complètement. Je le trouve indécent, innommable...", a ajouté la réalisatrice, regrettant de surcroît que Bertrand Cantat "n'ait pas eu une condamnation normale, c'est-à-dire vingt ans".

Condamné à huit ans de prison pour coups mortels sur sa compagne Marie Trintignant, Bertrand Cantat avait été libéré en 2007 après avoir purgé un peu plus de la moitié de sa peine et beaucoup moins que s'il avait été jugé en France plutôt qu'en Lithuanie.

Sous la pression d'une contestation populaire grandissante, Cantat a annoncé lundi renoncer à se produire dans les festivals d'été. Il avait commencé par  se déprogrammer au festival Les Escales de Saint-Nazaire (Loire-Atlantique) et à l'Ardèche Aluna Festival en juillet.

En revanche, sa tournée entamée le 1er mars à La Rochelle est maintenue jusqu'à son terme prévu les 29 et 30 mai à l'Olympia à Paris.

Plus tard dans la soirée, il a invoqué son "droit à la réinsertion" dans une lettre publiée sur son compte Facebook.
A 54 ans, le chanteur, 15 ans après la mort en 2003 de Marie Trintignant sous ses coups, n'a pas hésité à "renouveler" sa "compassion la plus sincère, profonde et totale à la famille et aux proches de Marie".
Mardi, l'Observatoire de la liberté de création a estimé  que "Bertrand Cantat a le droit de chanter", toute en jugeant "légitime" le débat sur son retour artistique. "Cantat a le droit de chanter (...) chacun est libre d'aller le voir, ou pas. Dans un Etat de droit, personne ne se fait justice à soi-même, et personne ne fait justice à quelqu'un d'autre en dehors de la justice", est-il indiqué dans le communiqué.

La LDH accuse la ministre de la Culture de manque à ses devoirs
La Ligue des droits de l'homme (LDH) s'en mêle.
Qu’il y ait un débat sur ce que représente Bertrand Cantat sur scène est parfaitement légitime. On peut aussi considérer qu’il y a une certaine hypocrisie à ne contester que sa tournée et pas ses disques, comme si le concert était le lieu de toutes les sacralisations. [Une manifestation dans l'espace public a-t-elle la même portée symbolique et morale qu'en privé ?]
En tout état de cause, ce débat change de nature quand il se transforme en demande d’annulation de sa tournée.
Cantat a le droit de chanter, les programmateurs sont libres de le programmer et chacun est libre d’aller le voir, ou pas. [Appel au boycottage : remarquable hypocrisie ! ]

Dans un Etat de droit, personne ne se fait justice à soi-même, et personne ne fait justice à quelqu’un d’autre en dehors de la justice.
Les demandes, directes ou indirectes, de censure ou d’annulation de son spectacle, qu’elles soient portées par des associations comme Osez le féminisme ! ou par des personnes hors réseaux associatif [discrimination entre citoyens et associations, comme si ces dernières offraient toutes des garanties avérées], les pressions diverses et variées des élus, les retraits de subventions aux festivals ou structures qui le programment contreviennent à la lettre et à l’esprit de la loi. [les délibérations réglementaires peuvent être contestées devant le Conseil d'Etat : qu'elles le soient !] 
Il semble nécessaire de rappeler aux uns et aux autres [comme si la LDH avait reçu mandat de garantir le respect de la loi] les dispositions légales [pour ça, la LDH, une association, a-t-elle autorité sur les citoyens ?]. La loi de 2016 dispose dans son article 2 que la diffusion de la création artistique est libre, et l’article 431-1 du Code pénal réprime le fait d’entraver, d’une manière concertée et à l’aide de menaces, l’exercice de la liberté de création artistique ou de la liberté de la diffusion de la création artistique d’un an d’emprisonnement et de quinze mille euros d’amende.
D’autre part, [la LDH faisant la leçon au pouvoir] l’Etat (c’est l’article 3 de cette loi), à travers ses services centraux et déconcentrés, et les collectivités territoriales doivent mettre en œuvre la politique en faveur de la création artistique, laquelle poursuit notamment comme objectif le soutien de l’existence et le développement de la création artistique sur l’ensemble du territoire, en particulier la création d’œuvres d’expression originale française et la programmation d’œuvres d’auteurs vivants, et doit garantir la liberté de diffusion artistique en développant l’ensemble des moyens qui y concourent. L’Etat doit encore promouvoir la circulation des œuvres sur tous les territoires, la mobilité des artistes et des auteurs et entretenir et favoriser le dialogue et la concertation entre l’Etat, l’ensemble des collectivités publiques concernées, les organisations professionnelles, le secteur associatif, les acteurs du mécénat et l’ensemble des structures culturelles et leurs publics.
En prenant des positions qui ne sont pas à la hauteur des exigences légales à propos de la tournée de Bertrand Cantat, et en gardant un silence inquiétant sur la plupart des affaires récentes d’atteinte aux libertés de création et de diffusion des œuvres, la ministre de la Culture manque aux devoirs relevant de son titre et de son domaine d’intervention.
L’Observatoire de la liberté de création regrette que l’artiste, sous la pression, ait renoncé à tourner dans les festivals cet été et s’inquiète qu’en France, en 2018, certains soient plus tentés par les réflexes de censure que par le respect des libertés et par le débat démocratique qu’ils réclament, paradoxalement, de leurs vœux.
Paris, le 13 mars 2018
L'Observatoire de la liberté de création pointe ainsi le rôle de la ministre de la Culture.  
Françoise Nyssen avait esquivé la semaine passée sur France Inter, estimant que si elle n'a "pas à intervenir sur la programmation" des festivals, "ça n'empêche pas les programmateurs d'agir en responsabilité".

"La ministre de la Culture manque aux devoirs relevant de son titre et de son domaine d'intervention en prenant des positions qui ne sont pas à la hauteur des exigences légales à propos de la tournée de Bertrand Cantat, et en gardant un silence inquiétant sur la plupart des affaires récentes d'atteinte aux libertés de création et de diffusion des œuvres", écrit l'organisme l'association actuellement présidée depuis 2017 par Malik Salemkour.

Qui est Malik Salemkour ?
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Élu le 5 juin, à 51 ans, le nouveau président de la Ligue des droits de l’homme lutte contre les discriminations faites aux minorités, Roms, prostitués ou  LGBT… avec pour priorité de combattre la dérive sécuritaire. "Ces causes sont moins faciles à défendre que d’autres. Parce que ça choque, les gens ne comprennent pas. C’est notre travail d’en parler, de mobiliser."  

Malik Salemkour alerte aussi les citoyens sur des terrains plus politiques comme la dangerosité du projet du gouvernement de faire entrer des mesures de l’état d’urgence dans le droit commun. 
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Déportation des Rom par l'armée roumaine soviétique
Né à Alger, il arrive en France à l’âge de 6 ans, pour s’installer dans le Val-de-Marne où il fait ses premières armes, bien que son milieu familial ne soit "pas du tout engagé". Après une formation en droit grâce au bon fonctionnement d'échelle sociale pas plus raciste que cela, il s'oriente vers les mouvements progressistes et communautaristes. Entré à la LDH en 1987, le militant associatif a fondé et présidé Romeurope de 1999 à 2013, participé à la création de la Haute Autorité contre les discriminations (Halde), animé un collectif police/citoyens… avec toujours cet intérêt aigu pour l’engagement collectif. 
Tout commence
en 1989 à Ivry, avec un groupe de SDF. "La Mairie [PCF], à l’époque, considérait qu’ils n’étaient pas des SDF d’Ivry mais de Paris, puisqu’ils venaient par le métro. J’ai trouvé ce raisonnement absurde et j’ai voulu faire quelque chose." Quelques mois plus tôt, le régime roumain de Nicolae Ceausescu était tombé et les premières familles roms arrivaient en France.
A la tête de la LDH, Malik Salemkour entend cultiver un optimisme pragmatique. Directeur juridique au syndicat mixte Autolib’et Vélib’­Métropole, après avoir été directeur de cabinet dans les mairies populistes de Saint-Ouen [PCF jusqu'en 2014] (Seine-Saint-Denis) et d’Herblay [PS jusqu'en 2001] (Val-d’Oise), il établit son fonds de commerce, l’état d’urgence. Il explique : "On touche au socle de l’État de droit, au contrat social et à l’équilibre des pouvoirs", énumère-t-il, à la manière d'un Frère musulman de Libye ou d'Egypte. Il se projette : "Ce sera quoi, l’étape d’après ? Au prochain attentat, on suspend la République ? On applique l’article 16 en donnant les pleins pouvoirs au président ? On est dans la folie…"
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Pogrom stalinien de Kichinev
L’autre combat de Malik Salemkour sera de lutter contre les tentations de repli identitaire, et de parvenir à dépasser les divisions actuelles du mouvement antiraciste.
Le racisme dans l'art aura-t-il droit de cité ?

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